Séminaire de karaté traditionnel à Nozay ( Loire atlantique )
- jouan
- 10 avr.
- 5 min de lecture
ce séminaire a une genèse
une raison d être
vous la découvrirez en fin d article
Du 27 au 29 mars 2026
Sous la direction de Sylvain Jouan, Sophie Rosen et Franck Hecht
Pendant trois jours à Nozay, le dojo a vécu au rythme d’un travail à la fois intense, simple et riche en échanges.
Bien au-delà des techniques, ce séminaire a surtout été un temps de partage, de recherche et de retour à l’essentiel du karaté traditionnel.
Dès les premiers échanges, une dynamique s’est installée : celle d’un groupe réuni par la même volonté de comprendre, d’affiner et de transmettre.
🟦 Vendredi soir – Revenir aux bases
La première séance a ouvert le stage dans une atmosphère concentrée.
Posture, déplacement, zanchin… les fondamentaux ont été posés sans détour. Le kata a été abordé comme un langage à part entière, avec ses formes, ses transitions, ses dynamiques et sa puissance.
Dès cette première soirée, une idée s’est imposée : revenir à la simplicité n’est jamais un retour en arrière, mais un approfondissement.



🟨 Samedi matin – Donner du sens au mouvement
La matinée a prolongé ce travail avec une exploration plus fine des liens entre kihon, kata et kumite.
Le relâchement, le mushin et le zanchin ont guidé la pratique. Le corps a appris à se rendre disponible, sans tension inutile, mais sans relâchement excessif.
Le travail à deux a permis d’entrer dans une autre dimension : celle du timing et de la lecture de l’autre. Yomu, go no sen, tai no sen, sen, kake no sen… autant de principes qui ont pris sens dans l’échange réel.
Le kata a ensuite trouvé ses prolongements naturels dans l’application, à travers le kihon ippon kumite puis le jyu ippon kumite.
Peu à peu, les liens entre les formes et le combat sont devenus plus évidents, plus vivants.


🟧 Samedi après-midi – Le combat comme lecture
L’après-midi a ouvert une réflexion plus large sur le kumite : non pas comme opposition, mais comme lecture et stratégie.
Le timing, les intentions, les choix tactiques ont été explorés avec précision. Une attention particulière a été portée à la construction d’une séance d’entraînement orientée kumite, afin de mieux comprendre ce que l’on développe réellement chez le pratiquant.
Le ko go kumite a été introduit comme première approche structurée du combat codifié.
Un temps a également été consacré à l’arbitrage, non pas comme règle extérieure, mais comme compréhension de ce qui est attendu dans la pratique et dans la progression.

🌍 Fin d’après-midi – Un pont avec le Mexique
Un moment particulier est venu donner une autre dimension au stage : un cours en direct avec le club de karaté traditionnel de Veracruz, au Mexique.
À travers le bunkai des katas Heian Nidan et Heian Sandan, les échanges ont dépassé les frontières.
Les participants ont été invités à chercher, à imaginer, à tester. Le travail ne consistait pas à trouver une réponse unique, mais à explorer des pistes, à rendre le kata vivant et concret.



🟩 Dimanche matin – Retrouver le jeu et le sens
La dernière matinée a pris une forme différente, plus libre, presque ludique.
À travers le travail de l’embu, chacun a pu reconnecter les notions vues pendant le stage dans une approche plus créative.
Les notions de règles, d’objectifs et de structure ont été rappelées, avant d’ouvrir sur une réflexion essentielle : la relation entre combat, self-défense et art martial.
Dans cette dernière séance, le sérieux n’a jamais exclu la joie de pratiquer. Au contraire, il l’a rendu plus juste.
🎯 Un fil conducteur
Au fil des trois jours, une idée a traversé l’ensemble du stage : le karaté traditionnel n’est pas une somme de techniques, mais une manière de structurer le corps, l’esprit et la relation à l’autre.
Chaque exercice, chaque échange, chaque erreur , est devenu un outil de compréhension.
Ce séminaire a été un temps de pratique, mais aussi un temps d’écoute, de regard et de construction collective.
Un temps d amitié
🥋 Encadrement
Sous la direction de : Sylvain Jouan – Sophie Rosen – Franck Hecht
Pascal MAZE

l y a des rencontres qui ne s’inscrivent pas dans la durée, mais qui marquent plus profondément que bien des collaborations longues. Celle que j’ai vécue avec Pascal Mazé appartient à cette catégorie.
En janvier 2024, j’ai eu l’occasion de le rencontrer dans le cadre d’un projet d’échange entre pratiquants .J étais venu animer une journée de cours, Il était dans cette dynamique simple et directe qui caractérise les hommes de terrain : proposer, partager, ouvrir des portes sans détour.
Quelques semaines plus tard, il nous quittait tragiquement , à l’âge de 51 ans, le 31 janvier 2024
Pascal était un karateka impressionnant, rapide, précis … Il avait lui aussi étudié avec des élèves de Nishiyama sensei …

Sur le moment, cette rencontre a pris un sens particulier. Avec le recul, elle s’inscrit pleinement dans ce que la tradition japonaise appelle ichi go ichi e : une rencontre unique, qui ne se reproduira jamais sous cette forme, et qui demande d’être pleinement reconnue pour ce qu’elle est, sans attente de lendemain.
Pascal Mazé était avant tout un homme de pratique et d’engagement. Apnéiste de haut niveau, il s’était illustré dans des disciplines d’endurance et de maîtrise de soi, où le corps et le mental s’engagent dans une même direction. Maître-nageur, il évoluait dans le quotidien du sport et de la transmission, au plus près des gens, dans des environnements simples et concrets.
Mais réduire son parcours à la performance serait insuffisant.
En 2019, il publie Sport et conscience, un ouvrage dans lequel il propose une vision du sport comme expérience globale de l’être humain. Il y défend l’idée que la pratique sportive ne se limite pas au résultat, mais qu’elle engage une relation plus profonde à soi-même, au corps, à la respiration, à la présence.

Une approche qui rejoint, par bien des aspects, les chemins traditionnels des arts martiaux : progresser sans se perdre, s’engager sans se dissocier de soi.
Cette dimension éclaire autrement sa démarche. Elle donne une profondeur particulière à ce qu’il incarnait : un homme en recherche de sens dans l’effort, dans la discipline, dans la relation à l’autre.
Notre rencontre n’a pas eu le temps de devenir un projet commun. Elle est restée à l’état d’intuition, de possibilité ouverte. Et pourtant, elle continue d’exister d’une certaine manière, car elle a laissé une trace.
Aujourd’hui, alors que des liens commencent à se tisser avec le club de Nozay, je ne peux m’empêcher de voir dans ce cheminement une continuité discrète. Comme si quelque chose, initié à ce moment-là, trouvait plus tard sa place, autrement.
Dans les arts martiaux comme dans la vie, tout ne se réalise pas dans l’instant. Certaines rencontres ne produisent pas d’effets visibles immédiatement. Elles agissent autrement : elles laissent une empreinte, elles orientent, elles relient.
Et peut-être est-ce là, au fond, ce que rappelle ichi go ichi e :que rien n’est jamais anodin, même lorsque cela semble bref.Et que certaines présences continuent d’agir bien après leur passage.
Pascal Mazé fait partie de ces présences là.



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